L’organisation du travail dans les usines Ford

Pour compléter les documents sur le taylorisme et le fordisme, voici la vidéo évoquée en cours qui explique l’organisation du travail (et notamment le fort turn over des ouvriers) dans les usines qui produisent les Ford T, dans les années 1920.

Publicités

Plan détaillé de dissertation : la socialisation secondaire prolonge-t-elle la socialisation primaire ?

« Faute de reconnaître aucune autre forme d’action que l’action rationnelle ou la réaction mécanique, on s’interdit de comprendre la logique de toutes les actions qui sont raisonnables sans être le produit d’un dessein raisonné ou, à plus forte raison, d’un calcul rationnel ; habitées par une sorte de finalité objective sans être consciemment organisées par rapport à une fin explicitement constituée ; intelligibles et cohérentes sans être issues d’une intention de cohérence et d’une décision délibérée ; ajustées au futur sans être le produit d’un projet ou d’un plan », écrivait Pierre Bourdieu dans Le sens pratique. L’action humaine doit donc être comprise, selon lui, comme le produit des dispositions inscrites dans les individus par leur socialisation, c’est-à-dire par l’apprentissage, effectué dès l’enfance, des normes et des valeurs des groupes sociaux auxquels ils appartiennent. Si l’on suit Bourdieu, il y a donc une continuité manifeste entre socialisation primaire (dans l’enfance) et socialisation secondaire (à l’âge adulte), même si cette continuité n’est pas un simple prolongement : les individus poursuivent la trajectoire qu’ils avaient commencé à tracer dans leur milieu d’origine, en reproduisant ultérieurement les actes et les choix qui contribuent à les maintenir dans le même milieu social. Or les exceptions à ce raisonnement sont nombreuses, et sont au principe de l’idéal de réussite individuelle du self made man, et plus généralement, de l’idée moderne selon laquelle un individu se fait tout seul, à sa manière, dès lors qu’il a acquis la maturité pour se détacher de son héritage social. C’est la question qui est posée ici : sommes-nous condamnés à reproduire à l’âge adulte ce que nous avons acquis pendant l’enfance ? Après avoir montré comment peut s’expliquer la continuité entre socialisation primaire et secondaire, on expliquera comment peuvent se produire des ruptures entre ces deux processus.

  1. La socialisation secondaire ne fait que confirmer la socialisation primaire
    1. Le milieu social créé est, le plus souvent, identique au milieu social d’origine (les enfants de cadres deviennent beaucoup plus souvent cadres que les enfants d’ouvriers).
    2. La socialisation genrée crée des différences durables entre masculin et féminin, aussi bien dans l’enfance qu’à l’âge adulte. (si les femmes ont des carrières moins prestigieuses et moins rémunératrices que les hommes, c’est parce que leur enfance leur a appris à moins s’affirmer et à être moins compétitives que les hommes)
    3. La socialisation politique conduit dans la majorité des cas à une continuité entre les dispositions acquises dans l’enfance et les préférences politiques exprimées à l’âge adulte. (Les enfants des familles les plus éloignées de « la politique » en général sont eux-mêmes fortement abstentionnistes et déclarent se méfier du monde politique)
  2. La socialisation secondaire introduit des ruptures avec la socialisation primaire
    1. La mobilité sociale d’une génération à l’autre est minoritaire, mais elle n’est pas une exception (les enfants d’agriculteurs, par exemple, deviennent rarement agriculteurs. Par ailleurs il y a de plus en plus de cadres et de professions intermédiaires, qui ne sont pas tous issus de ces mêmes milieux)
    2. Les femmes se contentent de moins en moins des rôles qui leur sont assignés par leur socialisation primaire (pour preuve, le doublement du taux de féminisation des cadres, comme d’autres professions, dans une moindre mesure).
    3. La socialisation secondaire introduit quantité de révisions et de déviations dans la socialisation politique primaire (depuis les normes implicites transmises dans le milieu scolaire jusqu’aux opinions des collègues de travail, en passant par les normes et les valeur du groupe des pairs).

Il est difficile de conclure que les variations apportées par la socialisation secondaire, par rapport à l’enfance, annulent totalement les effets de la socialisation primaire : dans tous les cas, cette dernière est fondatrice dans la personnalité des individus, dans leurs préférences et leurs dispositions les plus solides et les plus pérennes. Il faut plutôt comprendre la socialisation secondaire comme une série de modifications apportées à l’habitus des individus, par les rencontres qu’ils font et les adaptations auxquelles celles-ci les obligent. Dans des sociétés complexes, où les cercles sociaux d’un même individu ne se recoupent que partiellement, ces occasions sont multiples, et conduisent à ce que les choix et les actes de l’âge adulte ne soient jamais la pure reproduction de ce qui a été acquis pendant l’enfance.

Effet d’âge et effet de génération : deux notions à bien distinguer

Le sujet de dissertation entamé mercredi en cours vous invitait à réfléchir aux différences de socialisation entre générations. Plusieurs copies ont identifié, dans leur développement voire leur problématique, « génération » et « âge ». Une personne de 70 ans n’a pas le même âge qu’un jeune de 20 ans, c’est certain. Mais lorsque l’on parle de générations, on désigne des différences entre des individus qui ne sont pas nés au même moment : un retraité de 70 ans a un certain nombre de pratiques (loisirs, mode de vie, logement, etc.) qui sont dus au fait qu’il est né en 1947, et non simplement au fait qu’il a 70 ans. Autre exemple : le nombre de voitures par ménage n’est pas le même pour les personnes qui, en 2017, ont des âges différents. Cela s’explique à la fois

  • par un effet d’âge, qui serait valable à n’importe quelle époque : on n’achète pas deux voitures tant qu’on n’en a pas besoin, et c’est souvent l’arrivée des enfants dans un couple (vers la trentaine, statistiquement) qui amène un ménage à acheter un deuxième véhicule.
  • Il faut y ajouter un effet de génération qui tient à ce que les personnes nées dans les années 1960, par exemple, ont été habituées à un environnement de plus en plus peuplé d’automobiles, alors que les générations précédentes considéraient la voiture comme un luxe.
  • Par ailleurs, la période historique elle-même détermine la consommation d’automobile : le prix de l’essence ou encore le niveau des taux d’intérêt (qui jouent sur les possibilités de crédit pour financer l’achat d’une voiture) ne sont pas les mêmes d’une année sur l’autre.
effet-de-generation
Source : http://simbad.laet.science/documents/seminaire/010411/JLMadre.pdf

Pour revenir à votre sujet, on peut dire que les générations entrées sur le marché du travail à la fin des Trente glorieuses (années 1970) ont eu plus facilement des emplois, donc ont pu facilement décohabiter (quitter le logement de leurs parents), fonder une famille, etc., que les générations qui entrent maintenant sur le marché du travail (avec des études plus longues, mais aussi moins de perspectives d’emplois et un marché du logement moins favorable aux locataires, que sont souvent les jeunes). C’est avant tout un effet de génération et non pas un effet d’âge : les jeunes adultes ne sont pas condamnés, de tout temps, à connaître des situations difficiles pendant plusieurs années du point de vue de l’emploi, du logement, de l’indépendance financière. Et cela joue bien sûr sur la socialisation de ces générations.

Correction de l’EC3 : les sources de financement des entreprises françaises

Voici un plan détaillé qui pouvait vous permettre de répondre au sujet de l’EC3 : « à l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous expliquerez les choix de financement des entreprises françaises ».

La crise financière qui touche le monde entier à partir de la fin des années 2000 n’a pas épargné la France. Les faillites bancaires et l’augmentation globale du risque sur les produits financiers ont conduit, à partir de 2008-2009, à une instabilité qui a compliqué (et rendu plus coûteux) le recours au crédit, notamment, non seulement pour la consommation des ménages, mais aussi pour l’investissement des entreprises, c’est-à-dire le financement de leur capital. Or le crédit bancaire, lorsqu’il est plus rare et plus coûteux, conduit nombre d’entreprises à ne plus pouvoir investir. Celles-ci doivent alors trouver d’autres sources de financement ; mais lesquelles ? C’est ce que l’on étudiera ici : en quoi les choix de financement des entreprises sont-ils plus contraints depuis la crise financière ? Après avoir analysé les difficultés du recours au crédit, on montrera quelles contraintes pèsent sur l’autofinancement, puis quelles possibilités le financement direct peut offrir.

  1. Un recours au crédit plus difficile
    1. La menace d’un credit crunch assèche le financement des entreprises (Les banques sont rendues plus averses au risque par la crise financière et, craignant une moindre solvabilité de leurs clients, accordent moins de crédits qu’avant).
    2. Une crise de liquidité peut s’ensuivre (La diminution des transactions sur le marché interbancaire aboutit à une situation où la monnaie se fait rare, y compris pour la trésorerie, à court terme, des entreprises : cf. fin du doc. 1).
  2. Un autofinancement contraint
    1. L’autofinancement est une source de financement importante en volume (Il repose sur l’épargne des entreprises : les profits antérieurs accumulés permettent des investissements. cf. doc 2)
    2. Cependant, les PME et les TPE sont structurellement en besoin de financement et ont très peu d’épargne (elles ne peuvent donc piocher dans leur épargne brute que momentanément, et pour assez peu d’entre elles).
  3. Le financement direct offre de nouvelles possibilités
    1. Depuis les années 1980, le financement direct a explosé, permettant aux entreprises de se financer directement sur les marchés financiers en émettant actions, obligations et titres de créances négociables (doc.2).
    2. Paradoxalement, la crise financière encourage l’augmentation du financement direct : même s’il est plus risqué, il prend le relais du crédit qui manque à ce moment-là (cf. doc.3).

La création monétaire

Bank_Loan_Humor-copie-1La monnaie en circulation dans une économie (la zone euro, par exemple) est en grande majorité scripturale : il s’agit de jeux d’écriture sur des comptes en banque, et non de pièces et de billets. Cela signifie donc que cette monnaie scripturale a été créée, à un moment donné, pour pouvoir payer une transaction ou s’acquitter d’une dette. Bien sûr, n’importe qui ne peut pas créer de la monnaie. Ce sont les banques qui s’en chargent.

Une banque est une entreprise un peu particulière : elle dispose d’une licence, accordée par l’État, qui lui permet de créer de la monnaie à partir de rien. C’est là le point crucial : lorsqu’une banque accorde un crédit à un client, elle invente de la monnaie qu’elle n’a pas en caisses. Prenons un exemple. Une banque peut avoir dans ses réserves de fonds propres des lingots d’or, des actions d’entreprises, et des obligations d’État (par exemple), à hauteur de 10 millions d’euros au total. Cela correspond à des actifs, c’est-à-dire des valeurs qui peuvent être échangées, rachetées par d’autres agents. Bref, elle possède une certaine richesse, 10 millions d’€ de richesse, en fonds propres immédiatement utilisables. Mais elle peut en même temps avoir un encours de crédit de 50 millions d’euros, autrement dit, avoir accordé des crédits à divers clients (des entreprises, des ménages, des administrations publiques) pour un total de 50 millions d’euros. C’est d’ailleurs le cas le plus fréquent : une banque n’a jamais autant de fonds propres que ce qu’elle a prêté. En fait, c’est lorsqu’elle prête de l’argent qu’elle crée de la monnaie, et qu’elle permet ainsi à ses clients de payer leurs transactions, de se libérer de leurs dettes, bref, de déposer de la monnaie dans d’autres comptes en banque. C’est pour cette raison que l’on dit habituellement que « les crédits font les dépôts ».

Lorsque vous allez voir votre banquier pour prendre un crédit de 100 000 €, celui-ci inscrit simplement « 100 000 € » sur votre compte en banque, et vous fait signer un contrat qui vous engage à le rembourser au bout de x années avec un taux d’intérêt de y%. Il note donc que vous avez une dette de 100 000 € ( + la valeur des intérêts) à son égard. C’est tout. Votre banquier a donc créé de la monnaie. Comment est-ce possible ? Eh bien, le plus dur à admettre, c’est qu’il n’y a rien d’autre à comprendre : pas de tour de magie, pas de mécanisme caché. Votre banque a simplement le droit de le faire, parce qu’elle a une licence bancaire.

Bien sûr, on ne laisse pas les banquiers créer n’importe quels crédits dans n’importe quelles conditions et sans aucune contrepartie, faute de quoi, il y aurait en permanence une création monétaire beaucoup trop importante, et des marchés financiers saturés d’actifs pourris qui ne valent rien. La création monétaire des banques est limitée par la banque centrale, auprès de laquelle les banques se refinancent. Plus concrètement, cela signifie que la BCE (pour la zone euro) exige trois choses des banques privées :

  • Un certain ratio de fonds propres. Les fonds propres sont les actifs que les banques ont en caisse. Si votre banque a distribué 50 millions d’euros de crédit à ses clients alors qu’il ne lui reste en caisse qu’un billet de 100€, elle va avoir des problèmes dès que quelqu’un viendra retirer de la monnaie… On exige donc des banques de la zone euro que leurs fonds propres correspondent à 7% au moins de leur encours de crédit (la somme totale qu’elles ont prêté). Ainsi les banques restent solvables : si beaucoup de clients veulent, en même temps, clôturer leurs comptes et mettre leurs avoirs ailleurs, ils peuvent le faire… sauf si, cas exceptionnel, tous les clients ou presque se précipitent le même jour (parce qu’ils craignent que la banque fasse faillite, par exemple). Dans ce cas, la banque ne peut faire face, et elle fait faillite. On appelle donc ces ratios de fonds propres des limites prudentielles, dans la mesure où elles forcent les banques à être prudentes avec leurs engagements.
  • Dans la même logique, la BCE exige des banques qu’elles déposent chaque jour auprès d’elle une partie de la monnaie qu’elles ont créé : c’est ce qu’on appelle les réserves obligatoires. Si le taux des réserves obligatoires est de 1 %, cela signifie que si une banque accorde un crédit de 1000 €, elle crédite le compte de dépôt de son client d’autant et doit alors déposer 10 € à la BCE.
  • Enfin, les banques privées doivent se refinancer auprès de la BCE. C’est là qu’interviennent les taux d’intérêt directeurs dont on a déjà parlé en cours. Je cite cet article plutôt bien fait :

Quand une banque a besoin de liquidités pour honorer les paiements effectués par ses clients (si ses clients retirent plus d’argent de leurs comptes qu’ils n’en déposent), elle les emprunte à une autre banque. De l’autre côté, quand une banque a des liquidités disponibles (ses clients remettent plus d’argent sur leurs comptes qu’ils n’en retirent), elle les propose aux autres banques. C’est ce que l’on appelle le marché interbancaire. Les banques se prêtent pour des durées très courtes, parfois seulement pour 24 heures, et jusqu’à un an. Les paiements entre banques se font exclusivement par l’intermédiaire des comptes qu’elles détiennent à la banque centrale. C’est pourquoi on parle de « monnaie banque centrale ». Cette monnaie n’est utilisée par les banques que sur le marché interbancaire et ne circule donc pas dans l’économie. Mais quand une banque ne trouve pas le montant nécessaire auprès des autres banques, elle peut s’adresser à la BCE qui va lui prêter ces liquidités à un taux d’intérêt appelé « taux des opérations principales de refinancement ». La banque doit pour cela apporter à la BCE des garanties sous la forme de titres de créances de qualité qu’elle détient. On dit qu’elle se « refinance » auprès de la banque centrale. C’est le mode principal d’intervention de la BCE.

Pour plus de détail sur la politique monétaire, je vous renvoie à l’article déjà publié en octobre 2015 sur ce blog : ici.

 

Sans billets de banque, l’Inde menacée de paralysie

Le gouvernement indien a décidé, le 8 novembre, de démonétiser les billets de 500 et 1000 roupies (respectivement 6,50 € et 13 €), c’est-à-dire les plus grosses coupures de monnaie fiduciaire utilisées en Inde. Concrètement, cela signifie que ces billets ne valent plus rien et qu’ils doivent être échangés contre d’autres formes de monnaie.

ef0ca5b2-b804-11e3-87e2-61f94d9745a6En effet, les autorités indiennes s’inquiètent de ce que les billets de 500 et 1000 roupies sont utilisés dans des transactions souterraines : non pas forcément des trafics illégaux, mais des achats et des ventes de biens et de services réalisés en-dehors des circuits officiels, et qui ne donnent pas lieu à une taxation ou à un contrôle étatique (pensez à un contrat de travail au noir, ou encore à la revente de produits alimentaires dans des échoppes de rue).

Le problème tient à la quantité de monnaie que cela représente : 80% de la monnaie en circulation, au total, est ainsi démonétisée. En effet la plus grande partie de la population indienne n’a pas de compte en banque, ou n’a qu’un compte qui permet le retrait d’argent liquide (billets de banque), et non des paiements par carte bleue ou par chèque.

Quelles peuvent être les conséquences de cette brutale démonétisation d’une partie importante de la masse monétaire ?