Plan détaillé de dissertation : la socialisation secondaire prolonge-t-elle la socialisation primaire ?

« Faute de reconnaître aucune autre forme d’action que l’action rationnelle ou la réaction mécanique, on s’interdit de comprendre la logique de toutes les actions qui sont raisonnables sans être le produit d’un dessein raisonné ou, à plus forte raison, d’un calcul rationnel ; habitées par une sorte de finalité objective sans être consciemment organisées par rapport à une fin explicitement constituée ; intelligibles et cohérentes sans être issues d’une intention de cohérence et d’une décision délibérée ; ajustées au futur sans être le produit d’un projet ou d’un plan », écrivait Pierre Bourdieu dans Le sens pratique. L’action humaine doit donc être comprise, selon lui, comme le produit des dispositions inscrites dans les individus par leur socialisation, c’est-à-dire par l’apprentissage, effectué dès l’enfance, des normes et des valeurs des groupes sociaux auxquels ils appartiennent. Si l’on suit Bourdieu, il y a donc une continuité manifeste entre socialisation primaire (dans l’enfance) et socialisation secondaire (à l’âge adulte), même si cette continuité n’est pas un simple prolongement : les individus poursuivent la trajectoire qu’ils avaient commencé à tracer dans leur milieu d’origine, en reproduisant ultérieurement les actes et les choix qui contribuent à les maintenir dans le même milieu social. Or les exceptions à ce raisonnement sont nombreuses, et sont au principe de l’idéal de réussite individuelle du self made man, et plus généralement, de l’idée moderne selon laquelle un individu se fait tout seul, à sa manière, dès lors qu’il a acquis la maturité pour se détacher de son héritage social. C’est la question qui est posée ici : sommes-nous condamnés à reproduire à l’âge adulte ce que nous avons acquis pendant l’enfance ? Après avoir montré comment peut s’expliquer la continuité entre socialisation primaire et secondaire, on expliquera comment peuvent se produire des ruptures entre ces deux processus.

  1. La socialisation secondaire ne fait que confirmer la socialisation primaire
    1. Le milieu social créé est, le plus souvent, identique au milieu social d’origine (les enfants de cadres deviennent beaucoup plus souvent cadres que les enfants d’ouvriers).
    2. La socialisation genrée crée des différences durables entre masculin et féminin, aussi bien dans l’enfance qu’à l’âge adulte. (si les femmes ont des carrières moins prestigieuses et moins rémunératrices que les hommes, c’est parce que leur enfance leur a appris à moins s’affirmer et à être moins compétitives que les hommes)
    3. La socialisation politique conduit dans la majorité des cas à une continuité entre les dispositions acquises dans l’enfance et les préférences politiques exprimées à l’âge adulte. (Les enfants des familles les plus éloignées de « la politique » en général sont eux-mêmes fortement abstentionnistes et déclarent se méfier du monde politique)
  2. La socialisation secondaire introduit des ruptures avec la socialisation primaire
    1. La mobilité sociale d’une génération à l’autre est minoritaire, mais elle n’est pas une exception (les enfants d’agriculteurs, par exemple, deviennent rarement agriculteurs. Par ailleurs il y a de plus en plus de cadres et de professions intermédiaires, qui ne sont pas tous issus de ces mêmes milieux)
    2. Les femmes se contentent de moins en moins des rôles qui leur sont assignés par leur socialisation primaire (pour preuve, le doublement du taux de féminisation des cadres, comme d’autres professions, dans une moindre mesure).
    3. La socialisation secondaire introduit quantité de révisions et de déviations dans la socialisation politique primaire (depuis les normes implicites transmises dans le milieu scolaire jusqu’aux opinions des collègues de travail, en passant par les normes et les valeur du groupe des pairs).

Il est difficile de conclure que les variations apportées par la socialisation secondaire, par rapport à l’enfance, annulent totalement les effets de la socialisation primaire : dans tous les cas, cette dernière est fondatrice dans la personnalité des individus, dans leurs préférences et leurs dispositions les plus solides et les plus pérennes. Il faut plutôt comprendre la socialisation secondaire comme une série de modifications apportées à l’habitus des individus, par les rencontres qu’ils font et les adaptations auxquelles celles-ci les obligent. Dans des sociétés complexes, où les cercles sociaux d’un même individu ne se recoupent que partiellement, ces occasions sont multiples, et conduisent à ce que les choix et les actes de l’âge adulte ne soient jamais la pure reproduction de ce qui a été acquis pendant l’enfance.

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