Le comportement politique des jeunes est-il radicalement en train de changer ?

second-tour-de-lelection-presidentielle-2007-urneUrne à voter lors du second tour de l’élection présidentielle, le 6 mai 2007

Si le raisonnement sociologique veut que les comportements politique des jeunes se calquent principalement sur celui des parents et de leurs origines sociales, la réalité est en fait plus nuancée :

En sociologie, et plus précisément lorsque l’on parle de socialisation politique, les comportements politique des jeunes (en l’occurrence des 18-24 ans) sont, bien souvent, calqués sur ses origines sociales et sur le comportement politique de ses parents. Cette thèse est bien sûr défendable mais elle peut aussi être contredite.

Bien sûr, il est évident qu’il existe un certain conditionnement chez les jeunes, les préoccupations des parents se reflètent parfois dans celles des jeunes. L’éducation  joue un grand rôle dans le comportement politique des jeunes. En effet, même s’il faut prendre en compte sa condition, un jeune avec un grand niveau de formation aura plus tendance à aller voter, tout simplement parce qu’il est plus sensible au droit de vote et à ce qu’il représente. Mais, la plupart du temps, le niveau d’études est aussi lié à la condition et au revenu des parents. L’éducation est donc un facteur des choix politiques des jeunes mais elle est aussi une barrière pour les plus défavorisés n’ayant pas eu le droit et le privilège à de longues études. Ces jeunes se retrouvent donc souvent exclus. Anne Muxel, sociologue, l’illustre dans l’ouvrage Atlas électoral paru en 2007 aux Presses de Sciences Po et dirigé par Pascale Perrineau. Elle y explique notamment que « Les jeunes urbains, issus de milieux populaires, ayant un niveau de formation peu élevé, et connaissant des difficultés d’insertion sociale sont comptabilisés en plus forte proportion parmi les non-inscrits (des listes électorales sic) ».

Mais le facteur principal des comportements politique des jeunes est sûrement les origines sociales des parents. En effet, un adolescent est bien plus sensible et attentif à la situation de sa « sphère » familiale mais aussi à celle de ses amis. Il sera influencé dans ses choix par ceux de ses parents. L’adolescent forge sa propre identité souvent par l’intermédiaire de ses parents, cette réalité se vérifie encore plus dans les milieux de gauche. Comme nous le montre un sondage venant de l’ouvrage d’Anne Muxel se nommant Avoir 20 ans en politique paru en 2010 aux Éditions du Seuil, 30% des jeunes interrogés se disent de gauche avec au moins un parent de gauche, le chiffre tombe à 14% pour la filiation de droite. Mais le chiffre le plus saisissant reste sûrement le troisième, en effet celui-ci montre qu’il existe un « héritage » dans l’apolitisme puisque 30% des jeunes interrogés se disent apolitiques comme l’un de leur parent. Encore pire, certains jeunes décrochent de la politique, ils sont près de 8% à l’avoir fait alors que leurs parents étaient politisés.

Les explications de ces chiffres sont nombreuses mais certains sont alarmants et signe aussi d’un certain rejet de la politique et de son monde par les jeunes et d’une opposition grandissante entre la vieille et la nouvelle génération. L’abstention systématique et la participation par intermittence séduisent de plus en plus chez les jeunes, en opposition totale avec leurs aînés. De plus en plus de voix s’accordent d’ailleurs sur le fait qu’il faudrait accepter le vote blanc (notamment à gauche). Celui-ci est vu par certains comme un signe de protestation (principalement venant des jeunes) contre un système que certains ne trouvent pas assez représentatif et surtout inefficace. Ce ras-le-bol s’exprime dans les urnes et en dehors par une montée des extrêmes notamment chez les jeunes (34% des jeunes ont voté Front National en 2015 lors des élections régionales, un chiffre très important). Ce ras-le-bol s’exprime aussi dans la rue puisque nombreux sont les jeunes à manifester pour leurs idées comme en 2009 contre la réforme de lycées ou encore en 2016 contre la réforme du Code du travail.

graphique-insee

Source : enquête de participation électorale, INSEE 2012.

Aujourd’hui les jeunes votent encore, certes, mais de plus en plus s’abstiennent ou vont voter aux « extrêmes ». Les jeunes sont moins enclins à voter et sont plus friands d’une action plus concrète, plus « directe » comme les manifestations par exemple. Les chiffres de 2015 en faveur du parti frontiste sont aussi signes d’un dégoût de la politique et d’un système paraissant obsolète et injuste . Ceux-ci s’expliquent aussi avec le chiffre du chômage chez les jeunes qui se rapproche des 26% en décembre 2016. Alors que l’élection présidentielle de 2017 approche à grands pas, il sera intéressant de voir comment s’exprime ce « malaise politique » de la jeunesse à la fois dans les urnes et en dehors…

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