Toute l’histoire de la pensée économique en une fresque

La cité de l’économie et de la monnaie devrait être inaugurée dans deux ans, mais son site internet est déjà très fourni. Vous y trouverez des ressources utiles en complément du cours d’économie, et notamment des repères historiques rassemblés en une seule fresque interactive, qui vous donnera un bon aperçu de l’histoire de la pensée économique. Suivez ce lien.

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Vers une nouvelle crise financière en 2016 ?

La crise financière de 2008 avait deux origines : la dérégulation des marchés financiers (et des agents qui y interviennent : banques, assurances, fonds spéculatifs, organismes de crédits immobiliers, etc.), et un endettement très élevé de ménages insolvables, aux Etats-Unis notamment (mais aussi en Espagne, côté européen, par exemple). Après l’effondrement de plusieurs acteurs majeurs de ces marchés, c’est l’endettement public qui a pris le relais : les sauvetages d’institutions financières exsangues par les Etats, ainsi que les plans de relance destinés à soutenir la demande globale, ont fortement creusé les dettes publiques, surtout en Europe. Côté américain, c’est plutôt la Fed qui a joué un rôle actif, en arrosant de liquidité les marchés, et en finançant également le déficit public (« planche à billets »). On se trouve du coup, en 2016, dans une situation paradoxale : la régulation des marchés financiers a très peu progressé, et les liquidités coulent à flots pour les investisseurs et les spéculateurs.

Il faut y ajouter des inquiétudes grandissantes sur l’endettement privé : les ménages américains (et européens, de plus en plus) s’endettent massivement pour financer les études de leurs enfants, et les entreprises chinoises sont également endettées à un niveau inédit : le total des dettes d’entreprises représente 160% du PIB de la Chine.

Un niveau élevé d’endettement n’est pas nécessairement un problème, lorsque l’on dispose de revenus importants. C’était le cas de la Chine, jusqu’à maintenant : grâce à une croissance (du PIB) élevée,INF42e44020-a092-11e4-8c34-3dddab8357a8-805x453 les entreprises chinoises produisaient suffisamment pour rembourser leurs créanciers et contracter de nouvelles dettes. Mais… ce n’est plus le cas : la croissance chinoise faiblit.

Le site internet du Monde a mis en ligne une vidéo très synthétique, qui explique en 5 minutes pourquoi certains économistes envisagent, dans les mois qui viennent, une possible nouvelle crise financière. Suivez ce lien.

Le suicide anomique : un exemple de déviance

Emile Durkheim explique, dans Le suicide, que celui-ci est un phénomène social : c’est l’action de la société qui pousse certains individus à se suicider. Plus précisément, c’est souvent le défaut de contrôle social qui jette certains individus dans un état de trouble mental tel qu’ils n’en sortent qu’en se suicidant. En effet, les êtres humains ont des désirs illimités, sans bornes, qui les jetteraient dans l’angoisse et la folie s’ils les suivaient aveuglément, explique Durkheim.

[Pour éviter ce déséquilibre] il faut donc avant tout que les passions soient limitées. Alors seulement, elles pourront être mises en harmonie avec les facultés et, par suite, satisfaites. Mais puisqu’il n’y a rien dans l’individu qui puisse leur fixer une limite, celle-ci doit nécessairement leur venir de quelque force extérieure à l’individu. Il faut qu’une puissance régulatrice joue pour les besoins moraux le même rôle que l’organisme pour les besoins physiques. C’est dire que cette puissance ne peut être que morale. […] La contrainte matérielle serait ici sans effet; ce n’est pas avec des forces physico-chimiques qu’on peut modifier les coeurs. Dans la mesure où les appétits ne sont pas automatiquement contenus par des mécanismes physiologiques, ils ne peuvent s’arrêter que devant une limite qu’ils reconnaissent comme juste. Les hommes ne consentiraient pas à borner leurs désirs s’ils se croyaient fondés à dépasser la borne qui leur est assignée. Seulement, cette loi de justice, ils ne sauraient se la dicter à eux-mêmes […]. Ils doivent donc la recevoir d’une autorité qu’ils respectent et devant laquelle ils s’inclinent spontanément. Seule, la société, soit directement et dans son ensemble, soit par l’intermédiaire d’un de ses organes, est en état de jouer ce rôle modérateur; car elle est le seul pouvoir moral supérieur à l’individu, et dont celui-ci accepte la supériorité. Seule, elle a l’autorité nécessaire pour dire le droit et marquer aux passions le point au-delà duquel elles ne doivent pas aller. […]

Seulement cette discipline ne peut être utile que si elle est considérée comme juste par les peuples qui y sont soumis. Quand elle ne se maintient plus que par habitude et de force, la paix et l’harmonie ne subsistent plus qu’en apparence ; l’esprit d’inquiétude et le mécontentement sont latents ; les appétits, superficiellement contenus, ne tardent pas à se déchaîner. C’est ce qui est arrivé à Rome et en Grèce quand les croyances sur lesquelles reposait la vieille organisation du patriciat et de la plèbe furent ébranlées, dans nos sociétés modernes quand les préjugés aristocratiques commencèrent à perdre leur ancien ascendant. Mais cet état d’ébranlement est exceptionnel ; il n’a lieu que quand la société traverse quelque crise maladive. Normalement, l’ordre collectif est reconnu comme équitable par la grande généralité des sujets. Quand donc nous disons qu’une autorité est nécessaire pour l’imposer aux particuliers, nous n’entendons nullement que la violence soit le seul moyen de l’établir. Parce que cette réglementation est destinée à contenir les passions individuelles, il faut qu’elle émane d’un pouvoir qui domine les individus ; mais il faut également que ce pouvoir soit obéi par respect et non par crainte. Ainsi, il n’est pas vrai que l’activité humaine puisse être affranchie de tout frein. Il n’est rien au monde qui puisse jouir d’un tel privilège. […]

Ce que l’homme a de caractéristique, c’est que le frein auquel il est soumis n’est pas physique, mais moral, c’est-à-dire social. Il reçoit sa loi non d’un milieu matériel qui s’impose brutalement à lui, mais d’une conscience supérieure à la sienne et dont il sent la supériorité.

Source : Emile Durkheim, Le suicide, Livre II. Paris : PUF [1897]

David Thomson, Les français jihadistes.

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David Thomson est journaliste à RFI (Radio France Internationale) dont il fût le correspondant en Libye et en Tunisie entre 2011 et 2013. Cette expérience en Afrique du Nord lui a permis d’assister à la montée en puissance des mouvements salafistes jihadistes dans la foulée du renversement des dictatures libyennes et tunisienne (la Tunisie est le pays au monde qui fournit le plus de jihadistes à destination de la Syrie). Plus tard, il prend contact en Tunisie puis en France avec plusieurs jihadistes français qui continueront de communiquer avec lui (par skype essentiellement) une fois installés en Syrie dans les différents mouvements prônant le jihad en Syrie (principalement le Front Al Nurah (la branche syrienne d’Al Qaida) et Daesh). Le livre, paru en 2014 soit 2 ans après les attentats de Mohammed Merah mais seulement quelques mois avant ceux de janvier et de novembre 2015,  laisse la parole à ces jeunes citoyens français qui font le choix de la guerre sainte par les armes. On suit donc différentes formes de radicalisation : par les réseaux de délinquance, par internet principalement (you tube, facebook et twitter les plus utilisés) mais jamais par des mosquées et toujours à l’insu des parents. David Thohmson se présente à ces jihadistes en tant que journaliste et leur garantit la confidentialité, sans jugement, ce afin de rendre compte le plus fidèlement possible leur cheminement dans la radicalisation, avec une liberté de ton parfois glaçante. Comme le précise la quatrième de couverture : « aller voir et rendre compte est la mission du journaliste. Juger est le privilège du lecteur. » Très loin des spécialistes autoproclamés qui se bousculent après chaque attentat sur les plateaux de télévision des chaines d’information continue…

Documenté et rigoureux sur les chiffres : 800 français dont 500 combattants ont rejoint la Syrie et/ou l’Irak (et non pas 4000 comme le prétend régulièrement Marine Le Pen), David Thomson décrit précisément les moyens utilisés pour permettre le départ (arnaque au crédit à la consommation par exemple), l’organisation des filières de recrutement (notamment les systèmes de mariages express pour les jeunes célibataires) en laissant toujours la parole aux jihadistes. Ce qui frappe, c’est avant tout la rapidité de cette « autoradicalisation » qui se fait « au grand jour » sur facebook ou twitter, et la simplicité du recrutement qui n’est plus du tout une affaire de spécialistes précautionneux et professionnels, mais accessible à partir d’un simple chat internet avec un pécule de départ de 1000 à 2000 euros et un billet d’avion réservé en quelques clics. L’exemple le plus frappant : celui de cet adolescent qui part en Syrie et qui commente en direct les différentes étapes de son trajet-photos à l’appui- sur son compte facebook.

Sans aucune complaisance, ce travail nous fait prendre conscience de la gravité et de l’importance du phénomène et également des enjeux de sociétés qu’il soulève.

Ainsi, je vous retranscris le dernier paragraphe du livre (encore une fois, écrit en 2014): « Enfin, le motif de retour le plus redouté par les autorités est celui de l’exécution d’une mission armée à la manière d’un Mohammed Merah. Dès lors que le contingent français en Syrie dépasse les trois cents engagés, il est réaliste de penser qu’une fraction d’entre eux tentera de revenir pour passer à l’acte. Avec ou sans « succès ». La menace pèse directement sur la France mais pas seulement. La Grande-Bretagne, la Belgique, la Hollande, l’Allemagne, la Norvège et même le Danemark connaissent des vagues similaires. Pour s’en prémunir, la Grande-Bretagne a choisi, début 2014 une mesure radicale : le retrait pour ses ressortissants binationaux partis combattre en Syrie de la nationalité britannique. »

Du fait de son sujet, David Thomson est très présent sur twitter. Vous pouvez le suivre ici : https://twitter.com/_davidthomson

En entretien ici : https://www.youtube.com/watch?v=6Ybn464NCpg

 

 

 

 

Gerald Bronner, conférence sur la diffusion des croyances.

Gérald Bronner est sociologue, ce qui n’est pas trop grave puisque ça se soigne très bien aujourd’hui.

Spécialisé dans l’étude des croyances et de leurs modes de diffusion dans les sociétés il donne en avril 2014 une conférence à l’institut d’astrophysique de Paris pour donner des pistes de réflexion sur le succès chez une frange importante de nos concitoyens des théories complotistes ou plus largement des croyances les plus loufoques. Cette conférence dure une heure et se poursuit par 30 minutes d’échanges avec le public. Universitaire, auteur de la démocratie des crédules en 2013,  il a le mérite de s’exprimer clairement tout en éclairant des concepts parfois très abstraits. Deux idées importantes en lien avec les séances d’EMC à venir sur ce thème :

  1. L’idée selon laquelle, contrairement à ce que l’on aurait pu espérer, l’accès libre et instantané à l’information via internet et l’augmentation du niveau d’étude dans les sociétés démocratiques allait faire disparaitre les croyances et les théories complotistes farfelues se révèle fausse. Gerald Bronner explique que l’on observe plutôt l’inverse. En effet, les avis qui s’expriment sur internet ne sont pas, comme on pourrait le penser, représentatifs de l’opinion publique et ce gigantesque marché dérégulé de l’information favorise notamment la diffusion des croyances. Pourquoi ? Cela relève principalement selon lui, de la motivation des complotistes et des promoteurs de croyances. Ainsi un conspirationniste militant du 11 septembre 2001 va consacrer énormément de temps et d’efforts à occuper l’espace public pour promouvoir cette théorie. A l’inverse, ceux qui ne croient pas en cette théorie ne se sentent généralement pas concernés par ce problème, n’y pensent pas souvent et ont, de toutes façons, autre chose à faire que d’intervenir sur internet pour contrer ou démonter ce théories. Ainsi, comme nous le verrons prochainement, lorsque l’on fait une recherche par mots-clés sur ces croyances (le 11 septembre est un complot du gouvernement américain, les attentats de Charlie Hebdo et de l’hyper casher sont un complot du gouvernement français, le monstre du Loch Ness existe, la psychokinèse ça marche (c’est le fait de pouvoir contrôler et déplacer des objets avec votre esprit), les sites ou les vidéos qui sont favorables à ces croyances dominent très largement par leur nombre et leur place dans les classements référencés de google ou de youtube, ceux qui dénoncent ces croyances. Il y a donc là matière à réflexion sur  les usages d’internet et la diffusion de ces théories. Pour ceux qui veulent aller à l’essentiel voir à partir de la 28ème minute de la conférence.
  2. Un peu plus loin, vers 53 minutes : une autre réflexion intéressante sur ce qu’on appelle en terme savant le « biais cognitif » (ou l’illusion cognitive). En prenant appui sur une illusion d’optique très connue qui conduit par un effet de perspective tout bête notre cerveau à commettre une erreur de jugement, Gerald Bronner montre que le même effet peut être fabriqué à partir, non plus d’une image mais d’un raisonnement même très simple. Par ailleurs,  une personne raisonnable, intelligente avec un bon niveau d’étude peut se faire avoir, sauf si elle est mise en garde comme c’est le cas dans cette conférence. Je vous laisse ainsi découvrir le problème de la batte et de la balle de base ball. Tout cela conduit à montrer que notre raisonnement peut se faire court-circuiter par ce qui semble évident. En raisonnant trop vite ou par paresse, ce qui est évident parait vrai. Intéressant car les complotistes utilisent ces biais cognitifs à foison (« regardez, il n’y a pas d’avion sur les images du pentagone, c’est donc que l’avion n’existe pas… Si ce n’est pas un avion, c’est qu’il s’agit d’un missile, et donc d’un complot de l’armée américaine. » « Si les frères Kouachi sont arrivés en pleine conférence de rédaction de Charlie hebdo, c’est donc que quelqu’un les avait renseignés sur l’heure, c’est donc bien un complot… ».). Ajouter à cela que dans les vidéos conspirationnistes, le montage très rapide et l’accumulation hyper dense d’arguments ne laissent pas le temps d’effectuer le recul critique nécessaire à la réflexion et à la vérification des informations données, on peut comprendre que certains se laissent tenter par cette illusion de découvrir des complots cachés et ce sentiment flatteur d’appartenir à une élite éclairée.  Nous y reviendrons dans le cadre de l’EMC.