Les réseaux sociaux en ligne affaiblissent-ils la sociabilité ?

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Difficile de parler de déclin de la sociabilité lorsque l’on constate que la grande majorité des adultes français se connecte quotidiennement à un réseau social en ligne (Facebook, au premier chef, ou encore Linkedin, Twitter, etc.). Pourtant la virtualité des échanges en ligne (de messages, de commentaires, de « likes ») laisse penser qu’il s’agit de relations moins authentiques et moins profondes que des relations de face-à-face, « IRL » (in real life). Pierre Mercklé, sociologue spécialiste des réseaux, montre que le constat est un peu plus nuancé :

Le service de réseau social en ligne Facebook revendique aujourd’hui 800 millions de membres, chacun ayant dans le réseau un moyenne de 130 « amis » ; la presque totalité des Français de 12 ans et plus possède un téléphone portable ; Et on ne parle plus de  » déclin de la sociabilité « , mais au contraire de l’avènement d’une « nouvelle sociabilité » [Casilli, 2010] », profondément transformée et renouvelée par l’utilisation massive de toutes sortes de nouveaux « dispositifs électroniques de sociabilité à distance ». La diffusion spectaculaire des nouvelles technologies de communication, dont l’explosion des sites de réseaux sociaux n’est que le dernier avatar en date, a en réalité suscité depuis une vingtaine d’années un affrontement entre deux visions opposées : d’un côté, une vision  » technophile  » enchantée, faisant d’Internet le moteur de l’avènement d’une société globale plus ouverte, démocratique, fraternelle, égalitaire ; et de l’autre au contraire, une vision  » technophobe « , faisant cette fois d’Internet un ferment de nivellement des valeurs et de destruction du lien social. Une analyse proprement sociologique devrait évidemment s’efforcer de se tenir à égale distance de ses deux visions fortement empreintes de jugements de valeur, qui malgré leur antagonisme apparent ont pour points communs d’une part de n’être ni l’une ni l’autre solidement étayée empiriquement, et d’autre part de dramatiser les effets sociaux des nouvelles technologies. Et de fait, il est possible de dresser un tableau moins manichéen, plus complexe, des conséquences du développement des nouvelles technologies relationnelles sur les structures sociales, et de mieux faire la part des changements réellement imputables à l’avènement d’Internet. Tout d’abord, toutes les études empiriques montrent dès le début de la décennie 2000 que le recours aux nouveaux outils de communication par Internet (messagerie électronique, messagerie instantanée…) augmente le nombre de correspondants et la fréquence des contacts, aussi bien par téléphone qu’en face-à-face. L’arrivée des réseaux sociaux ne bouleverse pas le paysage, et l’idée que par exemple les jeunes utilisateurs de Facebook vivraient dans un isolement relationnel plus prononcé que les autres est un mythe. Admettons qu’Internet soit un facteur de multiplication des contacts… Qu’en est-il de la « force » des liens ainsi créés ou entretenus ? Difficile de proposer une réponse univoque, mais il semblerait que les réseaux sociaux en ligne ont tout de même plutôt pour conséquence de transformer la notion de groupe : d’ensemble relativement homogènes et unifiés, les groupes prennent de plus en plus la forme de réseaux sociaux plus hétérogènes, spécialisés, dont les membres sont désormais plus faiblement reliés les uns aux autres qu’auparavant. Il n’est donc pas absurde de faire l’hypothèse que la multiplication des liens faibles et donc des « ponts » entre milieux et groupes sociaux, due à la diffusion des nouvelles technologies de communication en général et à l’explosion des réseaux sociaux en ligne en particulier, peut être au principe d’un affaiblissement des hiérarchies sociales : dans l’univers de la sociabilité à distance, les structures relationnelles seraient moins marquées par le poids des déterminants sociaux (de sexe, de classe, d’âge, d’appartenance ethnique…), c’est du moins ce que laisse entendre une partie des travaux de la dernière décennie sur les relations entre capital social et stratification sociale.

Le texte complet est disponible en suivant ce lien.

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