La politique monétaire : une introduction

Les pouvoirs publics peuvent intervenir sur les fluctuations de la croissance grâce à la politique monétaire. Celle-ci, dans l’Union européenne, est assurée par la Banque centrale européenne (BCE). Il s’agit d’une institution publique, mais indépendante des États.

À l’origine, une banque centrale, c’est l’organisme qui crée de la monnaie pour le compte d’un État, c’est-à-dire qui frappe des pièces de monnaie, fait marcher la « planche à billets » (l’imprimerie où sont fabriqués les billets de banque), et accorde des crédits aux États. Mais si ces derniers sont très endettés, ils peuvent avoir la tentation de faire fabriquer à leur banque centrale, sans aucune contrepartie, de la monnaie pour payer leurs dettes (auprès de banques privées, par exemple). Cette monnaie sortie de nulle part n’a de valeur que nominale : s’il est inscrit « 100€ » sur le billet de banque, cela ne veut pas dire qu’il vous permet d’acheter 100€ de biens et de services… surtout si tout le monde a davantage de monnaie entre les mains, mais qu’il y a la même quantité de biens qu’avant sur le marché. « Faire marcher la planche à billets » ne fait pas augmenter la valeur des richesses produites dans une économie (le PIB), cela revient simplement à augmenter la quantité de monnaie en circulation. Donc, les États qui paient leurs créanciers de cette manière les paient mal ; et même si, sur le papier, ils se sont débarrassés de leurs dettes, en réalité, ils n’ont fait qu’augmenter la quantité de monnaie, ce qui finira par augmenter les prix, c’est-à-dire créer de l’inflation.

Ben Bernanke, l'ancien président de la Federal Reserve (banque centrale étatsunienne), déversant de la monnaie sur l'économie américaine
Ben Bernanke, l’ancien président de la Federal Reserve (banque centrale étatsunienne), déversant de la monnaie sur l’économie américaine

Tout le problème est de savoir, précisément, si cette inflation est une conséquence immédiate de l’augmentation de la masse monétaire, ou bien si, dans un premier temps, cela peut avoir des effets bénéfiques sur la demande. En effet, si l’augmentation de la masse monétaire consiste à distribuer de la monnaie aux ménages et aux entreprises, les premiers vont sans doute consommer plus, et les secondes, investir plus facilement. D’où une augmentation de la demande globale, et une relance de la croissance (du PIB) : c’est la thèse des keynésiens.

À l’inverse, les économistes libéraux soutiennent que les acteurs économiques ne sont pas dupes, et qu’on ne les trompe pas si facilement. Donc, distribuer de la monnaie (sous forme de billets de banque tombés du ciel, ou bien de crédits moins coûteux lorsque le taux d’intérêt baisse, par exemple) ne change rien à leur comportement, dans la mesure où ils savent très bien que cela ne change rien à ce que produit l’économie réelle (celle qui correspond au marché des biens et services). En d’autres termes, si l’on multiplie tous les prix des biens par 2, cela ne change rien à leur valeur réelle : la monnaie n’est qu’un voile, une convention.

Assurer l’indépendance des banques centrales vis-à-vis des États, c’est donc limiter le risque que ces derniers financent leurs dettes en fabriquant de la monnaie (dénuée de valeur) et, à terme, de l’inflation. L’unique objectif fixé à la BCE, dans les traités européens, est celui-ci : limiter l’inflation à 2% par an. La BCE a même mis en ligne un dessin animé sur « le monstre de l’inflation » destiné à faire peur aux enfants, et plus sérieusement, à convaincre le grand public de l’importance de cette mission. Malheureusement, seule la version anglaise (avec sous-titres approximatifs) a été produite.

Mais, si l’on soutient la thèse keynésienne, on peut dire que la mission essentielle d’une banque centrale devrait être, en cas de crise économique (diminution de la croissance du PIB), de relancer la demande en augmentant la masse monétaire en circulation.

Comment faire, concrètement ? Nous verrons cela dans le chapitre consacré à la monnaie. Pour l’instant, on peut tout de même dire que la banque centrale détermine les taux d’intérêts pratiqués par les banques privées. En d’autres termes, si la BCE diminue ses « taux (d’intérêt) directeurs« , les taux pratiqués par les banques privées européennes vont diminuer. Dès lors, il sera plus facile pour les ménages et les entreprises d’emprunter (afin de consommer et d’investir), et moins avantageux d’épargner. Une politique monétaire de relance aboutit donc à une relance de la demande globale par le biais d’une plus grande quantité de monnaie (c’est-à-dire de crédits) en circulation.

Pour les plus courageux, cette vidéo explique comment la BCE détermine ce que font les banques privées :

NB : « un actif » est une créance détenue par une banque (i.e. une dette que quelqu’un a auprès d’une banque), qui a donc une valeur monétaire et qui peut être échangée.

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