Exemple de fiche de lecture sur une BD

L’Arabe du futur. Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984), est une bande dessinée de Riad Sattouf, publiée aux éditions Allary en janvier 2015.

Dans cette arabe_c1-hautedefœuvre, autobiographique, l’auteur raconte son enfance. Il s’agit, à travers son histoire personnelle, de présenter notamment la Libye de Kadhafi et La Syrie de Hafez Al-Assad. Le choix de la BD s’avère pertinent car il rend accessible à tout lecteur l’histoire de ces pays, grâce à l’humour, mais surtout grâce aux images, qui permettent de se représenter concrètement le quotidien des Libyens et des Syriens de l’époque.

Je reconnais l’intérêt que peut présenter la lecture de cet ouvrage, mais je ne le recommanderais pas vraiment à un camarade.

En effet,  dans cette BD, nous suivons les aventures du jeune Riad (jeune garçon à la chevelure longue, blonde et soyeuse) et de son père, qui est un Syrien immigré en France. L’histoire remonte à l’arrivée du père en France et nous mène en Libye et en Syrie, au gré des mutations de ce dernier en tant qu’enseignant à l’Université. Il nous est donné de rencontrer la famille maternelle et surtout paternelle du jeune Riad, mais surtout de pénétrer au cœur de la vie quotidienne de cette famille et de celles qui l’entourent, où qu’ils aillent.

Le graphisme caractéristique de Riad Sattouf est agréable et le travail particulier des couleurs (qui sont très épurées) donne de la force au texte. Le fait que le récit soit mené par un enfant, au regard naïf, permet d’aborder les situations avec humour, mais aussi de faciliter l’identification du lecteur occidental qui se sent, comme le petit Riad, projeté dans un monde étranger.

Cela dit, je reproche à cet ouvrage la vision unilatéralement sombre du monde arabe et des Arabes de cette époque. Le choix du point de vue du petit Riad se veut objectif, mais le résultat obtenu n’est qu’un ensemble de tableaux froids, à l’humour glaçant. Aucun lieu, aucun objet, personne (ou presque) n’échappe à  cette impression de laideur, de violence, de dégénérescence généralisées. Le père en particulier, au centre de l’ouvrage, m’apparaît particulièrement détestable : faussement progressiste, il est raciste, cruel, misogyne, plein de contradictions (à propos de la religion notamment) et, s’il cherche à faire de son fils Riad (né en France, de mère française) un Syrien (viril), il ne lui donne aucunement les moyens de s’intégrer véritablement, ni ceux, intellectuels, de penser sa double culture. La mère, quant à elle, ne présente aucune épaisseur psychologique : elle se contente de suivre son époux et de faire le repassage. Même le petit Riad, attachant par certains aspects, dont on s’attendrait à ce qu’il tire des enseignements ou des réflexions de ses observations, n’évolue nullement au cours de l’ouvrage; tout ce qu’il vit (et nous fait vivre) paraît vain.

Ce qui domine dans cette BD est malheureusement une impression sans nuance de laideur et de médiocrité, sans jamais offrir au lecteur aucune hauteur de vue ni aucun espoir d’un avenir meilleur – ce qui rend le titre « l’Arabe du futur » particulièrement déceptif.

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