Exemple de fiche de SES : La Distinction (de Pierre Bourdieu, 1979)

41PCWAN1P2LLa distinction, critique sociale du jugement est un ouvrage de Pierre Bourdieu, publié aux éditions de Minuit en 1979, et régulièrement republié depuis.

Bourdieu part de l’idée communément répandue, selon laquelle le goût (le principe selon lequel on trouve telle ou telle chose belle, appétissante, désirable, ou le contraire) est singulier, propre à chacun. Comme le veut le proverbe, « des goûts et des couleurs, on ne discute pas », parce qu’on sera forcément en désaccord avec quelqu’un qui trouve beau ce qu’on trouve laid, sans pouvoir affirmer autre chose que « j’aime » ou « je n’aime pas ». Or, explique Bourdieu, si les choix en matière de consommation paraissent si individuels, c’est précisément parce qu’ils sont construits socialement. Trouver agréable, beau, ou désirable, un concerto pour violon ou une couleur de rideaux, c’est exprimer sa position sociale, et plus particulièrement, tout ce que l’on hérite de la socialisation et qui façonne nos goûts. Il y a un goût populaire (celui des classes populaires, des milieux modestes), qui possède ses codes et sa cohérence, de même qu’il existe un goût bourgeois (celui des classes dominantes), celui qui s’attribue à lui-même le qualificatif de « bon goût », et qui s’impose comme la référence que les dominés tentent d’imiter.

Bien que l’ouvrage soit parfois difficile à lire (en raison d’une sécheresse dans le style, et d’une tendance au jargon, caractéristiques des écrits de Bourdieu), je recommande chaudement la lecture de ce livre à des élèves de filière ES, pour au moins trois raisons.

En premier lieu, Bourdieu a l’art de tordre le cou à des préjugés solidement implantés. Par exemple, la tendance à considérer que nos goûts sont uniques, complètement indépendants de toute influence extérieure, ne résiste pas à l’analyse statistique – et si on prolonge cette intuition, on comprend pourquoi tous les hipsters se ressemblent, bien qu’ils essaient à tout prix de cultiver une apparence originale. Autre exemple, l’idée selon laquelle il n’y a aucune commune mesure entre un jugement sur une oeuvre d’art (« c’est sublime ») et le choix d’une marque de voitures ou d’un aliment (« ça me plaît »). En matière de consommation, affirme Bourdieu, il n’y a pas de différence fondamentale entre ce qui plaît aux sens, et ce qui plaît à l’intellect. C’est prendre le contrepied de toute une tradition philosophique, à laquelle l’auteur consacre une postface mordante, bien qu’un peu ardue pour des élèves de Première.

Deuxième acquis fondamental de cette enquête, qui en fait un classique de la sociologie : analyser la consommation (de cinéma, de boissons alcoolisées, de logement, de livres, tout à la fois) permet de mettre à jour les classements effectués par les individus eux-mêmes, qui sont au fondement de différences entre classes sociales et fractions de classes sociales. Comme on l’a vu en seconde, consommer telle marque de vêtements, c’est exprimer, dans son apparence, que l’on ressemble à ceux qui la portent, et que l’on se distingue de ceux qui ne la portent pas (parce qu’ils ne suivent pas d’aussi près la mode, par exemple). De même, la consommation des classes dominantes exprime ce souci de se distinguer de la masse, en ne lisant pas, en n’écoutant pas, en ne mangeant pas la même chose que les ouvriers ou les agriculteurs. Se distinguer, ou au contraire essayer d’imiter, c’est donc créer des groupes sociaux hiérarchisés, des classes sociales.

Enfin, l’une des raisons de lire La distinction et pas seulement cette fiche, c’est le détail des les résultats d’enquête, que Bourdieu livre souvent en encadré, et qui sont extrêmement parlants : tableaux statistiques et extraits d’entretien donnent plus que des illustrations, ils permettent de retrouver de manière très concrète (et parfois même assez drôle : cf. le concours du « plus gros mangeur de fayots » ou les publicités pour les séminaires d’entreprise des années 1970) les raisonnements développés de manière plus abstraite par l’auteur.

Cet ouvrage a donné lieu à de nombreuses discussions critiques, impossibles à résumer ici et qui excèderaient largement le cadre de cette note. C’est aussi l’indice d’un ouvrage important en sciences sociales, que de susciter des débats longs et passionnés.

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La liste de Schindler (Steven Spielberg,1993)


schindler      La liste de Schindler
est un film réalisé par Steven Spielberg en 1993, basé sur  des témoignages réels, qui raconte l’histoire d’Oskar Schindler, membre du parti  nazi  (changeant de côté au cours de l’histoire…) et fondateur d’une usine spécialisée  dans  les batteries de cuisine en émail où travaillent des ouvriers juifs. Aidé par  Itzhak  Stern  son comptable, juif lui aussi, ils vont à eux deux sauver la vie de 1100  personnes juives  échappant ainsi à l’extermination, grâce à une liste de noms (« La  liste de  Schindler »).

  Steven Spielberg dénonce les horreurs nazies et a tenté de raconter cette histoire avec toute la réalité possible ainsi que la mise en avant de la grande oeuvre de Schindler. Il a notamment essayer de nous sensibiliser avec des scènes choquantes et  touchantes  comme la dernière scène d’adieux où Oskar Schindler se jette dans les  bras de Stern,  son fameux acolyte juif qui l’a suivi tout au long de l’histoire.

 

Schindler lui dit :

 

« Combien de juifs aurais-je pu sauver encore ? Dix personnes… Deux personnes… J’aurais pu en sauver deux de plus mais je ne l’ai pas fait. »  Ces paroles dites sur une musique émouvante jouée au violon.sch

 

Toutes ces scènes sont un message de paix qu’il tente de nous transmettre afin qu’une telle horreur ne se reproduise plus et que cette histoire ne tombe pas dans l’oubli. Il est important d’avoir en mémoire que des personnes innocentes sont mortes car elles appartenaient à cette communauté juive. Le film tourné en noir et blanc lui donne une force étonnante et nous donne l’impression d’être au cinéma de l’époque.

 

Je recommanderai à un camarade de visionner ce film, car il est selon moi,  très instructif et énormément captivant. Il nous révèle des émotions fortes lors de certains passages durs.

 

Exemple de fiche de lecture sur une BD

L’Arabe du futur. Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984), est une bande dessinée de Riad Sattouf, publiée aux éditions Allary en janvier 2015.

Dans cette arabe_c1-hautedefœuvre, autobiographique, l’auteur raconte son enfance. Il s’agit, à travers son histoire personnelle, de présenter notamment la Libye de Kadhafi et La Syrie de Hafez Al-Assad. Le choix de la BD s’avère pertinent car il rend accessible à tout lecteur l’histoire de ces pays, grâce à l’humour, mais surtout grâce aux images, qui permettent de se représenter concrètement le quotidien des Libyens et des Syriens de l’époque.

Je reconnais l’intérêt que peut présenter la lecture de cet ouvrage, mais je ne le recommanderais pas vraiment à un camarade.

En effet,  dans cette BD, nous suivons les aventures du jeune Riad (jeune garçon à la chevelure longue, blonde et soyeuse) et de son père, qui est un Syrien immigré en France. L’histoire remonte à l’arrivée du père en France et nous mène en Libye et en Syrie, au gré des mutations de ce dernier en tant qu’enseignant à l’Université. Il nous est donné de rencontrer la famille maternelle et surtout paternelle du jeune Riad, mais surtout de pénétrer au cœur de la vie quotidienne de cette famille et de celles qui l’entourent, où qu’ils aillent.

Le graphisme caractéristique de Riad Sattouf est agréable et le travail particulier des couleurs (qui sont très épurées) donne de la force au texte. Le fait que le récit soit mené par un enfant, au regard naïf, permet d’aborder les situations avec humour, mais aussi de faciliter l’identification du lecteur occidental qui se sent, comme le petit Riad, projeté dans un monde étranger.

Cela dit, je reproche à cet ouvrage la vision unilatéralement sombre du monde arabe et des Arabes de cette époque. Le choix du point de vue du petit Riad se veut objectif, mais le résultat obtenu n’est qu’un ensemble de tableaux froids, à l’humour glaçant. Aucun lieu, aucun objet, personne (ou presque) n’échappe à  cette impression de laideur, de violence, de dégénérescence généralisées. Le père en particulier, au centre de l’ouvrage, m’apparaît particulièrement détestable : faussement progressiste, il est raciste, cruel, misogyne, plein de contradictions (à propos de la religion notamment) et, s’il cherche à faire de son fils Riad (né en France, de mère française) un Syrien (viril), il ne lui donne aucunement les moyens de s’intégrer véritablement, ni ceux, intellectuels, de penser sa double culture. La mère, quant à elle, ne présente aucune épaisseur psychologique : elle se contente de suivre son époux et de faire le repassage. Même le petit Riad, attachant par certains aspects, dont on s’attendrait à ce qu’il tire des enseignements ou des réflexions de ses observations, n’évolue nullement au cours de l’ouvrage; tout ce qu’il vit (et nous fait vivre) paraît vain.

Ce qui domine dans cette BD est malheureusement une impression sans nuance de laideur et de médiocrité, sans jamais offrir au lecteur aucune hauteur de vue ni aucun espoir d’un avenir meilleur – ce qui rend le titre « l’Arabe du futur » particulièrement déceptif.

Exemple de fiche de lecture : Into the wild (de John Krakauer, 1996)

p168385_p_v7_aaInto the wild est le titre d’un roman publié en 1996. Il a été écrit par le journaliste, écrivain et par ailleurs alpiniste confirmé John Krakauer. Il s’agit de la biographie d’un jeune américain du nom de Christopher McCandless. En 1992, ce jeune idéaliste de 24 ans, issu d’un milieu aisé d’Atlanta, abandonne sa vie confortable, ses études et sa famille pour entreprendre seul un périple à travers le territoire des Etats-Unis. Il voyage d’abord avec sa voiture, qu’il finit par abandonner pour ne plus pratiquer que l’auto-stop. Il mène ainsi une existence de vagabondage alternant de longues périodes de voyage avec quelques emplois temporaires (dans des restaurant, des ranchs) et des rencontres au hasard de ses haltes. Doué d’une personnalité très atypique, McCandless va marquer profondément toutes les personnes qu’il croise durant son itinéraire. Il entretient même une correspondance avec certains d’entre eux après les avoir quittés. Le but ultime de son voyage est d’atteindre l’Alaska et notamment le parc National du Denali pour faire l’expérience d’une vie au cœur de la nature sauvage (« into the wild ») sans plus aucun contact avec la civilisation moderne. Dans ce parc naturel, au bout d’une piste autrefois utilisée par une compagnie minière, Mc Candless va trouver un vieil autobus abandonné qui deviendra son lieu de vie pendant près de 4 mois (112 jours exactement). Il semble qu’il ait tenté durant le printemps 1996 de quitter le parc pour revenir dans le monde civilisé sur la mais une rivière en crue l’en empêche. Le 6 septembre 1992, son corps est retrouvé sans vie dans l’autobus par des chasseurs. On y retrouve ses quelques maigres affaires personnelles et son journal intime où Mc Candless raconte son périple, explique sa démarche, ses états d’âmes, ses lectures nombreuses etc…

Je recommande vivement la lecture de cet ouvrage pour la raison suivante : Krakauer ne raconte pas cette histoire de manière classique et chronologique. En fait il a entendu parler de la découverte du corps de McCandless dans les journaux dans la rubrique des faits divers. Il commence à s’intéresser au personnage car lui-même est un passionné d’alpinisme et d’aventure. Ainsi, il explique que lui aussi a failli laisser la vie au cours d’une ascension en Alaska alors qu’il avait à peu près l’âge de McCandless. On comprend que l’auteur s’identifie de plus en plus au personnage dont il raconte l’histoire et l’issue fatale. Il retrouve la sœur de Christopher qui va lui confier le journal intime du jeune homme. A partir de ce journal Krakauer va mener une enquête minutieuse sur le parcours de McCandless et retrouver une à une toutes les personnes qui ont croisé sa route, qui lui ont donné du travail, qui l’ont hébergé. C’est là le point fort de l’œuvre : on voit progressivement se dessiner la personnalité complexe de McCandless en même temps que l’enquête de Krakauer avance et que les témoignages se croisent et se superposent. La fin de l’enquête emmène enfin l’auteur sur les lieux des derniers jours de McCandless : elle devient terriblement haletante car Krakauer multiplie alors les extraits du journal de Christopher en les recoupant avec les indices qu’il a lui-même retrouvés dans le bus afin d’essayer de comprendre les causes de sa mort. urlEncore aujourd’hui, il subsiste d’ailleurs une controverse sur les derniers jours de Mc Candless : certains contestent la version de Krakauer. Au-delà du récit ce cette histoire finalement tragique, il s’agit également d’une réflexion sur la place de l’homme dans la société et dans le monde que l’on retrouve d’ailleurs chez tous les auteurs que cite Mac Candless (Thoreau, Tolstoï, London etc…) qui consiste à penser que la civilisation nous empêche d’être réellement libres. Ainsi, cette citation de Mac Candless, retrouvée à l’intérieur du bus :

« depuis deux ans, il marche sur la terre. Pas de téléphone, pas de piscine, pas d’animaux de compagnie, pas de cigarettes. La liberté ultime. Etre un extrémiste. Un voyageur dont le domicile est la route. Echappé d’Atlanta. Tu n’y retourneras pas parce que l’Ouest est ce qu’il y a de mieux. Et maintenant, après quatre années de déambulations, c’est l’aventure finale, la plus grande. La bataille décisive pour tuer l’être faux à l’intérieur de soi […] Il ne sera plus empoisonné par la civilisation qu’il fuit et il marche seul pour se perdre dans la nature. »

Le premier article de Krakauer sur l’histoire de Christopher Mac Candless eût un très grand écho. A tel point qu’il décide don d’en faire un roman. De ce fait Christopher Mc Candless est devenu de manière posthume un personnage très connu aux Etats Unis. En 2007, l’acteur et réalisateur Seann Penn, réalise une adaptation cinématographique plusieurs fois primée, de ce roman avec Emile Hirsh dans le rôle de Cristopher Mac Candless.